La ferme de Rougemont au Québec fut pour moi, entre 1993 à 2007, un apprentissage hors-pair dans tous les sens du terme et au-delà même de la permaculture.

L’application du design permaculturel était simple à côté des inter-relations humaines autour des projets que nous voulions mettre en œuvre. Malgré l’articulation créative de designs qui nous animaient et que nous avions tou.te.s envie d’expérimenter, le délicat facteur humain demeurait, dans tous les cas, l’obstacle majeur à dépasser et nous n’étions pas outillé.e.s.
Au delà du coaching que nous recevions de Carole Ricard de Findhorn et de formations sur la CNV (Communication Non Violente) de Marshall Rosenberg, il y avait des dysfonctionnements qui nous empêchaient d’aller plus loin.

La révélation a surgi dans l’observation de l’inter-relation qui existait dans le poulailler. J’étais fasciné du bon fonctionnement des relations entre le coq numéro 1 et les numéros 2 et 3, qui avaient chacun leurs propres poules. Chacun se positionnait dans un comportement ordonné qui était maintenu par des règles et des mécanismes qui s’appliquaient au quotidien.

La nature avait donc prévu des mécanismes fonctionnels entre individus d’une même espèce pour assurer la pérennité de leur vie sociale.
Il suffisait donc de les découvrir et de les appliquer à l’être humain.

Quel était donc ce mécanisme prévu par l’intelligence profonde pour l’univers humain ?
Si nous appliquons les principes de la nature dans le design terrain, ou dans des concepts créatifs, sans doute pourrions-nous les appliquer dans un design de comportement humain ? Telle fut alors ma réflexion.

Nous sommes alors en 1996 et je viens de perdre, dans un départ tumultueux, un associé que j’estimais beaucoup, ainsi que son épouse et leurs deux enfants. Tout cela était arrivé par manque de stratégies, et surtout à cause de notre comportement relationnel dysfonctionnel. La communication non violente appliquée s’était finalement transformée en non communication violente, ce qui était encore plus insupportable.

J’ai alors mis sur le papier l’analyse de ce qui n’avait pas fonctionné, à la fois pour atténuer la peine que je ressentais, mais surtout pour ne pas recommencer les mêmes erreurs dans le futur. Je venais à mon insu de démarrer le processus de recherche, qui n’a jamais cessé depuis, sur la permaculture humaine. L’application des principes fonctionnait aussi dans la relation humaine et ce fut ma grande surprise. C’est aussi en 1996 qu’est sorti le concept de la zone 00 (se dit zone double zéro), concernant non plus le terrain, mais l’individu lui-même. Une prise de conscience dans le monde des permaculteurs émergeait alors : il fallait interpréter et prendre en compte les éléments humains dans l’expression de leurs besoins profonds et être attentif à leurs états d’âme.

La mise en pratique de certaines expériences que nous appliquions comme un jeu pour ne plus “se prendre la tête” a montré immédiatement des résultats efficaces.

L’autre point crucial a été de déterminer les rôles (les niches) de chacun.e et nous écrivions sur papier les engagements des tâches qui nous concernaient. Le concept de  »niche » appliqué à l’humain était aussi en train de jaillir de ces expériences. Ce qui était flagrant, c’est qu’immédiatement après, les relations se sont améliorées. Non pas qu’il n’y ait plus de frictions, ou de disputes. Je pense que cela fait partie de l’apprentissage (la poule A pique la poule B ou C pour rétablir la bonne relation). Ce qui était nouveau, c’est qu’alors nous connaissions nos limites et les limites de nos coéquipiers, que nous étions clairs sur les intentions de chacun et qu’il nous fallait appliquer les quatre accords Toltèques que nous brandissions chaque fois que l’un de nous ne les respectait pas.

En 2012, j’ai eu la chance de rencontrer Cécile Guiochon qui suivait une formation que je donnais sur la permaculture à la Ferme du Bec Helloin. L’application des lois évoquées de la permaculture humaine était révélateur pour les participants, dont Charles Hervé-Gruyer faisait partie. Cécile, écrivaine expérimentée, souhaitait écrire sur la permaculture et elle était intéressée par cette approche humaine. Ce fut l’idée de Charles de nous mettre en relation pour écrire quelque chose et pour partager ces outils efficaces au travers d’un livre qu’il nous fallait inventer.

Nous sommes actuellement dans un temps de transition : Le monde industriel est issu d’un “design” dysfonctionnel inventé par l’homme qui a oublié d’appliquer les lois fondamentales de notre écosphère. Ce monde dysfonctionnel s’achève pour laisser place au suivant : Le monde collaboratif ! Dans la nature, les écosystèmes qui sont en déséquilibre sont appelés à disparaître sauf s’ils mutent en s’adaptant au changement. C’est dans cet exercice d’écriture que, Cécile et moi, nous avons exploré la “Transition” qui nous paraissait évidente, et à ce moment, nous avons regroupé des outils pour la faciliter.

Notre livre « La Permaculture Humaine, des clés pour vivre la transition » était sous presse quand le film « DEMAIN » de Mélanie Laurent et Cyril Dion est sorti. Nous étions dans la juste immanence du moment présent et notre livre pouvait devenir l’outil utile pour celles et ceux qui ressentaient la nécessité de se transformer.

Bonne Transition à toutes et à tous. Ce n’est pas la planète que nous devons sauver, mais bel et bien notre Humanité.